PLI Public Workshop 01 – Finaliste 2019

Team « Les Echaffaudeurs » avec Roland Fontaine.

« De l’autre côté du miroir, dialogue sur l’échafaud »

De l’extérieur on aurait dit un échafaud. La structure faite de bois et de toile dont émergeaient deux éléments était haubanée un peu à la manière d’un bateau. Intrigués, Roger et Léa tournaient autour et apercevant un halo de lumière qui émanait de l’extrémité de l’installation entre deux pans de tissus, ils se faufilèrent à l’intérieur. D’abord ébloui, Roger rouvrit l’oeil jusqu’à pouvoir distinguer une lame métallique miroitante ajourée en plusieurs endroits lui rappelant vaguement un confessionnal ou un moucharabieh. Il parcourait du regard son reflet morcelé et remarqua une sangle suspendue au bout d’un câble sur sa droite. L’empoignant, il tira dessus. Un bruit, un effort, mais pourtant rien ne se passa. L’air circonspect, Roger examina les motifs de la paroi tout en s’en rapprochant. Soudain un bruit sourd retentit. La lame se soulevait. Perplexe, il savait pourtant qu’il n’avait rien actionné. C’est alors qu’il aperçu à travers les interstices en mouvements une silhouette qui se dessinait : « Léa ?! » s’exclama-t-il.
Sans attendre de réponse, s’appropriant le mécanisme, il s’agrippa à sa poignée, actionna la lame du côté de Léa, lui répondant en rythme en jouant avec les motifs de la lame, la lumière et l’ombre.
Ils inauguraient un nouveau mode de langage où chacun dialoguait avec l’autre et son propre reflet.

L’installation propose de questionner le regard que chacun porte sur soi-même et sur les autres à travers un dispositif relevant autant de la scène que d’une cabine.

La structure en bois haubanée met en scène deux lames métallique ajourées par endroit coulissants verticalement entre deux châssis. Une fois à l’intérieur d’une des deux cabines de toile tendue, le visiteur est éclairé par une source de lumière installée de part et d’autre de cette paroi. En tirant sur une sangle, un jeu de poulies permet de faire mouvoir le panneaux de l’autre cabine de bas en haut. Ainsi le visiteur prend le rôle d’acteur sous les feux des rampes et maître de scène. En actionnant la paroi de son interlocuteur, il manipule alors son regard. Se faisant, en tirant sur leurs sangle respective, les deux protagonistes se rendent alors dépendant l’un de l’autre par le biais du dispositif de poulies croisées. Les percements dans les lames métalliques donnent littéralement de la profondeur à l’action et permettent de découvrir des cadrages sur le visiteur de l’autre côté de la structure. S’instaure alors un dialogue entre les deux protagonistes, se cherchant du regard dans une danse rythmée entre mouvements saccadés et pauses contemplatives usant des multiples ouvertures comme d’un vocabulaire où s’entremêlent la vue de l’autre, manipulation du regard et les reflets de soi- même.

Le dialogue doit pouvoir s’opérer avec une lumière frontale projetée sur les acteurs pour éviter les cas de contre-jour. C’est pourquoi la structure est conçue pour être installée dans deux contextes. L’un lumineux, où l’enveloppe de tissu permet un éclairage intérieur adéquat et une certaine intimité pour les acteurs. Dans l’éventualité d’un espace sombre le dispositif scénique peut rester à vue de l’ensemble des visiteurs faisant de l’installation une véritable scène.

Dessins techniques et illustrations par Roland Fontaine et Adrien Dauvillier

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